Episode 12: New York et la culture


Un expatrié à New York / mardi, janvier 16th, 2018

New York, c’est une sacré belle ville, qui offre beaucoup de possibilité.

Théâtre, musical, musées, il y en a pour tous les goûts. Tu t’éclates. Tu commences même à aimer la musique électro, si si ! Bon d’accord France Gall; paix à son âme, gardera une place indétrônable dans ton coeur. Mais l’ambiance house des dimanche après-midi d’été à Brooklyn, il faut dire que tu t’y es bien fait. Partir, c’est aussi l’occasion de tester des choses qu’on a pas encore eu le temps de faire, ou qu’on aurait pas osé faire avant… Toute sorte de chose…

C’était un mardi. C’était un mardi que ça lui a pris comme ça, une de tes collègues a suggéré quelque chose d’étrange. « Et si on allait à l’opéra! ».

L’opéra… Pourtant adepte du monde du spectacle, tu n’es jamais allée voir un opéra de ta vie. Et c’est fort triste. Alors tu dis oui, sans hésiter. « Trop cool!!!! Quand? » « Ce soir ». Alors allons-y, allons voir un opéra ce soir. Tu tapes le nom de la pièce sur google quand même histoire de… C’est un Mozart. Tu trouves ça drôlement chouette, d’aller pour la première fois voir un opéra à New York, et d’aller voir un Mozart… Ah ça dure 3heures tout de même, et c’est en allemand. Ça ne t’effraie pas, c’est un Mozart après tout !

Alors vous voilà  partis, elle, deux autres collègues masculins et toi, voir un Mozart de 3heures en allemand.

« Il y a des sous titres ». Dans ce cas, nous sommes sauvés. On n’osait pas le dire, mais en réalité ça faisaitun peu flipper tout le monde cette histoire d’allemand. Il y a des places vides dans les premiers rangs. Tu essaies de t’y faufiler discrètement, mais tu te fais arrêter par un gaillard avec une oreillette, d’un signe de la main affirmatif et non négociable « You shall no pass« . Ici, la règle c’est la règle. Tant pis on aura essayé.

Démarrage du premier acte. C’est vraiment sympa. Tu jongles entre la scène et ton écran de sous titre. Et parfois, tu fais le foufou tu t’imposes des petits challenges, de toi à toi-même: « pendant 2 minutes je ne regarde pas l’écran et j’essaie de comprendre l’allemand! » « Peut être qu’à la fin des 3 heures je serai bilingue… » Après tout si ton séjour t’as bien appris une chose c’est que les langues s’apprennent bien mieux sur le tas.

Ich dreim oteina
La dame souffre
Ain drein maaa
Elle souffre vraiment beaucoup
Ich krouuu iae aie aie
Mon dieu qu’elle souffre

« Heee tu prends tout l’accoudoir »

Ton accompagnateur semble un peu lassé. Et comme toute personne qui s’ennuie, il commence à chercher des occupations par des actions incompréhensibles. Hop, en un clic, il changera tes sous titres anglais par… de l’allemand. Zut il est pénible. Surtout que toi les réglages informatiques ce n’est pas ton truc. C’est facile pour lui, dans l’entreprise il travaille dans un domaine de technologies… quelque chose comme ça.

« He ho remets mes sous-titres ! ». Il ne veut pas les remettre, ça le fait rire. Très bien, tu n’en avais pas besoin de toute manière, tes auto-challenges commencent à porter leurs fruits. De toute façon, il n’y a que du drame et de l’amour, il suffit de comprendre qu’ils s’aiment et qu’ils souffrent. Voilà …

Démarrage du deuxième acte. Cette langue commence à te taper sur le système. En plus tout à l’air si triste… Tu observes les gens qui t’entourent. Ils ont tous un air grave, tous sauf les gens dont tu croises le regard aussi, qui comme toi examinaient la salle.

« MAIS ARRETE D’EMPIETER SUR MON ESPACE D’ACCOUDOIR JE T’AI DIS!!!»

Tu as retrouvé l’option sous titres anglais. Mais au ce même moment en face de toi, un vieux monsieur tente de se lever. Il a bien du mal le pauvre,  tellement qu’il finit par… rester coincé. En temps normal tu te serais précipitée pour l’aider. (Enfin c’est ce que tu écris surtout pour passer pour quelqu’un de bien). Mais là, dans cette salle sombre avec en fond un allemand dramatique, ça devient comique. Et de toute façon si tu tentes de t’approcher le gaillard va encore te faire « nan nan » d’un signe de doigt en mettant ses épaules en arrière pour se donner un genre important. Alors tu regardes ce pauvre monsieur… « ce n’est pas drôle… Marjorie ce n’est pas drôle… Marjorie tu es à  l’opéra tu ne peux pas partir en fou rire incontrôlable… » Tu tournes la tête, ton collègue l’a vu aussi et, comme toi, tentais férocement de se raisonner. Vous êtes foutus. Ils existent des fous rires qui par la situation sont inacceptables, ce qui les font partir de plus belle. C’était de ce genre-là. En fait, si tu devais résumer ta vie de personnage étrange aujourd’hui, tu pourrais dire que tout a commencé par un fou rire.

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Le jour où ma normalité m’a lâchée.
C’était un mardi aussi. Et c’était en classe de troisième. C’était en classe d’histoire plus exactement. C’était ta dernière heure de la journée. Tu étais toute seule au fond de la classe. Tes amis et toi formiez un groupe à composante impaire. Du coup en histoire, c’était ton tour d’être toute seule. A moins que tu n’avais pas d’amis… On devait étudier l’ère soviétique. Ou en tout cas ses dirigeants car c’est à ce moment que tu t’es entendue essayer de prononcer « Khrouchtchev » à voix haute, plusieurs fois. Et c’est en te rendant compte de ta bêtise que tu t’es mise à rire, rire, rire… Quel nom bizarre. Sauf que plus tu riais, plus les gens te regardaient. Ils ont dû se dire que c’était toi à ce moment-là, la chose étrange qui rigole toute seule dans le fond de la classe sur son livre. Et plus ils te lançaient des regards perplexes, plus tu riais. Alors oui c’est là que tout a commencé, car c’est là que tu t’es dit qu’un bon fou rire solo vaut bien une séance d’abdos. Depuis il est certain que tu n’as plus d’amis.

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Tu te re-concentres sur la scène au moment où le character 1 met une torgnole au character 2 sans que tu comprennes d’où ce geste sorte. Tu es repartie dans ton fou rire. Il faut dire que ton accompagnateur ne t’aide pas trop, lui aussi n’arrive pas à s’arrêter. Les gens commencent à vous regarder. Tu te planques, tu as l’impression de revivre le cours d’histoire. Entracte, ouf, il est temps d’aller prendre l’air.

« Alors en fait ils se font arrêter par des pirates le mec tente de récupérer sa gonzesse qui va se faire sauter par le sultan. » Ton voisin terrible malgré son attitude dissipée a plutôt bien suivi et tente de l’expliquer à l’autre collègue. Une histoire d’amour raconté par un garçon à un autre garçon, c’est si fin…
« C’est qui l’italien ?» « Mais il n’y a pas d’italien, on est en Turquie.  Ah… j’aurais dû regarder l’histoire avant sur Wikipedia.»
C’est drôle qu’il n’ai rien compris car quand tu l’observais, il avait l’air de sereinement avoir la situation en mains. Mais dans sa tête c’était un appel à l’aide. C’était peut-être ça, les airs si graves des gens autour de toi, ils se demandaient certainement ce qu’ils faisaient là, eux-aussi.

Conclusion : Comme à chaque fois qu’on te demandera comment c’était tu répondras que c’était drôle. Parce que oui, c’était fort amusant. « Ah tu demandais comment c’était l’opéra en lui-même ? C’était vraiment bien monté, du grand Mozart ! ». Tu ne ferais pas ça tous les soirs certes, mais vous avez vraiment passé un bon moment. C’est aussi ça, vivre hors de sa zone de confort: être ouvert à toutes sortes d’expérience. Non, il est clair qu’en France tu n’aurais certainement pas accepté 3heures de spectacle inconnu en allemand. Mais à l’étranger, surtout à New York, tout est possible. Et si on te traite d’impoli à rire, tu pourras toujours répondre «Sorry, i’m French». Après tout, c’est vrai qu’on est plutôt des sales gosses.

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