Episode 13: New York I love you, mais…


Un expatrié à New York / jeudi, janvier 18th, 2018

Te voilà arrivé(e). New York… Le rêve américain comme ils disent, la ville où tout est permis. Tu te rendras vite compte que tout ça n’est que foutaises.

Premièrement, tu n’as ni le droit de faire pipi dans les buissons ni le droit de te promener une bière à la main dans la rue. Tu n’as pas le droit à ta bouteille de vin pour accompagner ton pic nique dans le parc, ni de fumer n’importe où, ni de prendre des photos n’importe où, ni de faire du topless sur la plage, ni de faire du vélo dans Central Park si la flèche de circulation n’est pas dans le bon sens… Pays de la liberté, tu parles! On est loin de l’image du Frenchy libéré. Bon d’accord, tu ne fais peut-être pas toutes les choses citées plus haut en France non plus, mais rien que sur l’idée qu’on te l’interdise, ça t’embête. Et le problème du français, c’est que c’est un sale gosse. Nous sommes tous des sales gosses, même moi qui suis adorable et proche de la perfection. Râler est notre activité préférée, même quand ça ne trouve pas toujours sa justification. Mais t’interdire de boire ton verre de rosé dans un lieu public sous prétexte que ça puisse choquer les enfants, dans un pays où le port d’armes est autorisé… non tu ne comprends pas. La réflexion s’est posée dès ton arrivée: c’est quoi ce pays, cette ville étrange? Tu t’es adaptée facilement, mais il y a encore des éléments qui te laissent perplexe. Mesdames et Monsieur, pour vous ce soir, voici en résumé les 7 merveilles New Yorkaises :

 

1 – Le Subway new yorkais
Tout a commencé par ce foutu métro… Et tu as été ravie de constater que le problème ne venait pas que de toi, mais bien de cette chose métallique. En un mot: c’est mal foutu et tout est cassé.

Chers messieurs qui s’occupent du trafic du métro, ce soir, comme tous les jours depuis 6 mois, j’aimerais vous poser une question: EST CE SI COMPLIQUÉ DE METTRE DES PANNEAUX INDICATIFS SUR L’AVANCEMENT DES

MÉTROS? Pays de l’avancement technologique, tu parles ! Non je ne suis pas énervée, jamais… Mais quand tu attends ton métro en vain sans savoir quand il arrive, c’est une sensation d’impuissance rarement égalée. Et si la mauvaise signalisation ne s’arrêtait que là, mais non: changement de sens, de voie, arrêt complet. On découvre tout au fur et à mesure. Et quand on habite un coin perdu de Brooklyn et qu’on veut rejoindre Manhattan, oui, c’est pénible.

« C’est physique, si tu inclines tes pieds à 30 degré par rapport à la porte, tu peux rester en équilibre sans toucher la barre ».
La barre du métro, c’est dégoûtant. T’as même l’impression que c’est plus sale qu’à Paris, parce que comme il fonctionne tout le temps, de jour comme de nuit, tu te demandes bien quand est ce qu’ils lavent leur train. Alors tu as appris la fameuse technique du surf. Si tu as des copains qui s’en sortent très bien, toi tu es nulle. Mais vraiment archi nulle. On a beau t’enseigner toutes les méthodes possibles, rien n’y fait. C’est comme ça qu’un jour, persistant à garder les mains propres et bornée comme une mule, tu as détruit l’orteil d’une vieille dame. Bottines à talons, tu as vacillé sans pouvoir te rattraper et BAM ! La vieille dame a hurlé, tu t’es sentie franchement bête. Mais comme les braves n’abandonnent jamais, tu as persévéré, et tu as recommencé dès le trajet suivant. Tu as encore vacillé et tu t’es rattrapée à un monsieur, la main en plein sur les bijoux. Tu as donc finalement abandonné, pour parvenir au bilan suivant: le métro m’a tuer.

2 – Le tourniquet entrée/sortie du métro

Oui, encore le métro, mais rentrons un peu plus en profondeur sur notre réflexion: pour rentrer OU pour sortir du quai, c’est le même portique. Et ça, c’est LE truc le plus intrigant ici. Les américains ont le sens de l’économie. Time is business… Pour tout. Pourquoi s’embêter me direz-vous à faire une entrée et une sortie quand on peut faire les deux en un? C’est sûr qu’aux heures creuses ça marche mais aux heures de pointes, ce n’est pas trop ça.

Sacré rigolo l’ingénieur qui a conçu ce passage de rencontre. De nature optimiste, tu préfères imaginer que le concepteur était un grand penseur qui a imaginé comment faire pour que les gens apprennent à se rencontrer, à se laisser passer, à se sourire… bref à cohabiter quoi. En vérité ça devait juste être un mec un peu bourré, ou une équipe qui voulait expédier vite fait le projet. Oui car en réfléchissant bien la scène est difficile à se représenter.

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Scène de la conception de l’entrée/sortie du métro vue par moi: (j’imagine que les hommes portent des toges et jouent de la lyre… Ne cherchez pas à comprendre pourquoi…)
– « J’ai imaginé que l’amour des hommes commençait par un petit rien. Quoi de mieux qu’un passage de rencontre incorporé dans leur quotidien pour faire de ce monde un monde meilleur? »

Scène qui a du réellement se passer:
– « Bon les gars il manque de la place on doit réduire les portes mais c’est chiant parce qu’on est en Amérique on est censé ne pas compter. Alors on les met dans les deux sens. De toute façon il y a trop d’hommes sur Terre, s’ils se bouffent un peu entre eux ça nous fera de la place. » Depuis ce temps, c’est tourne le tourniquet ou crève. La rencontre ça marche, les moments d’amour un peu moins…
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Il fait une chaleur à crever sur les quais. Tu as l’impression que tu vas mourir. Il fait un froid de canard dans les rames, tu as l’impression que tu vas mourir aussi. On s’adapte à tout paraît-il. Balivernes. Tu traînes un foutu rhume depuis deux mois. Mais tu as appris à pester contre le métro et à jouer du coude au tourniquet, ça c’est sûr. En réalité, une réflexion profonde s’est encore établie de cette aventure: tu es touriste tout le temps que tu ne comprends pas et que tu subis un peu. Et tu commences à appartenir à la ville quand tu apprends à faire avec. Et à faire le fameux « tsss » quand quelqu’un ne marche pas assez vite devant toi. Oui, c’est ce fameux « tsss » prononcé de façon spontanée un jour qui t’as fait réaliser: tu deviens soûlé comme un vrai américain.

3 – Les fous

Il y a plein de fous partout.

Une fois, alors que vous reveniez de la plage tes 5 colocataires féminines et toi, un monsieur fort étrange s’est assis à côté de vous et en a regardé une fixement. Il lui a dit « Who are you ? ». Intriguée mais polie, elle lui a répondu « Sorry ? ». Et il nous a tous regardé une à une en nous pointant du doigt. Il a dit « Yes : Girl, girl, girl, girl, girl. But who, who are you ? ». Si on peut reconnaître une chose à cette ville, c’est qu’avec ces gens bizarres au moins, on apprend à maitriser sa susceptibilité.

4 – Le temps

Ahhhhh le ciel de New York. Beaucoup de surprises. Comme la folie des gens, la variabilité imprévisible du temps est un critère avec lequel il faut jongler. Depuis que tu es arrivée c’est pareil. Alors lundi c’est jupe et petites chaussures. Mardi… parapluie et oulaaa on va mettre le manteau. Mercredi petite veste c’est cool. Jeudi moonboots, pas d’intermédiaire il neige. Vendredi on se prend un orage. Okay pas de soucis tout est prévu. Tout ou presque car bien sûr ça ne reste pas stable dans la journée. Alors on se retrouve finalement avec les pieds mouillés, la veste pleine de sueur, bref on ne s’y retrouve pas surtout. Et quand vient l’été il fait tous les jours 40 degré, on est sauvé. Ou pas.

5 – Le quartier chinois

Le quartier chinois de New York est très bien fait: on se croirait vraiment en Chine. Que des produits chinois, tout est écrit en chinois et beaucoup beaucoup de chinois. Jusque là, rien de bien étrange pour un quartier appelé Chinatown. Pourtant, la population de ce quartier est étrange. Rien à voir avec une spécificité chinoise c’est ça le plus intrigant, mais partout où que vous soyez il y aura toujours quelqu’un qui trimballera des sacs poubelles remplis de canettes vides. Avouez que ça vous a intrigué et tellement, que vous non plus vous n’avez jamais osé demander ce qu’ils pouvaient bien en faire. De mon côté, j’ai accepté que cela reste un mystère de la ville. Mais si vous savez, je suis preneuse de toute explication rationnelle…

Ah, et il y a aussi les bus en provenance de Chinatown… Les bus des compagnies chinoises ici sont les moins chers de la ville. Mais il ne faut pas les prendre. Même si vous êtes fauchés. Ça vous évitera de vous retrouver dans des queues interminables, à attendre un bus qui n’arrive jamais ou alors déjà plein, et vous retrouver finalement avec un chauffeur qui vous crie dessus à 5heures du matin pour que vous sortiez, sans que vous ne compreniez quelque chose car l’anglais accent chinois n’a jamais été votre fort. A retenir: même s’il vous en coûtera votre vie, voyagez en trottinette.

6 – La saleté de la ville

New York, ça fait rêver. Avant d’y mettre les pieds. Tout est dégoûtant. Les sacs poubelles empilés le long des trottoirs, qui moisissent au soleil emplit l’air ambiant d’une odeur nauséabonde. Et du coup ça attire pas mal de bêtes loin des petites coccinelles et des licornes : cafards, rats…rien de très mignon.

Pourquoi cette ville est-elle donc aussi sale ? C’est lassant. Cette ville est usante. Les gens sont lassants aussi à toujours parler trop fort, être trop enthousiastes ou trop tristes. Les jeunes débarqués sont trop d’entrain et d’espoir de conquérir la ville, et ceux qui ont compris que leur temps était passé sans qu’ils aient accompli leurs rêves ont le visage fermés à jamais. Tout est trop…

7 – Leur façon de conduire

C’est nul. Une catastrophe. Même ma mamie à moitié aveugle qui n’a jamais passé son permis ne pourrait pas être pire. Et leurs coups de Klaxon, sans raison, mélangés aux mélodies suraiguës des sirènes que tu entends à des blocs… Le temps d’écrire cette épisode, j’aurais entendu 3 sirènes et environ 18 Klaxons. Mais ça, c’est seulement parce que je suis dans un coin perdu loin du trafic.

Conclusion : Il y a des choses qu’on ne peut pas expliquer, et c’est bien mieux comme ça. C’est aussi bien bon de critiquer, mais il faut reconnaître que cette ville renforce le caractère. Et on critique on critique, mais il n’y a pas plus avenant qu’un américain, si seulement on ne reste pas trop fermé pour le voir. Et puis si on reprend la liste point par point, en l’adaptant un peu, on arrivera à critiquer Paris de la même manière. Comme on aurait pu critiquer Rome ou Tombouctou. Il faudrait apprendre à relativiser, à prendre du recul. Ça chers français, c’est une chose que vous devriez apprendre à faire plus souvent. En attendant, je crois qu’il n’y a plus rien de nouveau à critiquer ici, il est grand temps de rentrer…

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