Episode 16: Règles de survie du retour en France


Le retour de l'expatrié / mardi, janvier 23rd, 2018

Douce France… Tu remets les pieds sur la terre ferme de ton pays, et ce n’est pas pour te déplaire. Tu les vois arriver les plats de charcuterie, les verres en terrasse, les barbecues entre amis et… « Oh sorry Sir« . Tu étais en train de rêver, tu n’as pas vu que tu fonçais le nez en l’air dans tout ce qui est mobile autour de toi. Le type te regarde bizarrement… Mais ça va oh, tu t’es excusé, il veut quoi de plus ce… « Merde sorry sorry« . Et hop un autre, et encore un autre et… Tu viens de réaliser: tu continues à parler anglais pour les petits élans de politesse spontanés. Ah oui pardon, nous sommes de retour en France, là où on parle français.

Règle de survie numéro 1: Parler Français, tu devras.

Le français, c’est chiant. C’est beau mais c’est compliqué. Les mots sont longs, difficiles à prononcer, multiples… Alors qu’en américain, c’est simple : si tu ne connais pas un mot, cherche son sens et généralement tu tomberas dessus. Avant, quand tu avais le mal du pays, tu étais homesick, facilement traduisible par : maisonmalade. Simple, efficace. Un homeless est une personne maisonsans, un flatmate est un appartementcamarade… Ah si seulement les traductions pouvaient être si simples. A la place, vous serez obligés de traduire par des phrases au lieu d’un mot bien placé, ou des mots qui sont bien plus compliqués, ou bien trop de mots pour la même définition.« Une personne sans domicile fixe »… Oui, le français, c’est lourd. Mais ce n’est pas une raison pour oublier que le « sorry« , « thank you« , « bless you« … sont restés là où tu les as laissés. Il te faudra quelques semaines pour le réintégrer, mais en France les commerçants parlent français. Period. Period ? Non ce n’est pas tout, car après avoir dit « bonjour madame/monsieur », on t’annoncera quelque chose dont tu n’avais plus l’habitude non plus : « 7 euros, s’il vous plait. »

 

Règle de survie numéro 2: En France, la monnaie, c’est l’Euro.

Dans toute soirée entre copains, arrive un moment dont certains raffolent et que d’autres fuient, mais pourtant inévitable : les débats. Ça peut être très sérieux, parler de politique, de la faim dans le monde, comme ça peut tout simplement parler de la longueur que devrais avoir la barbe de votre copain Dudule. C’est souvent amené comme un cheveu sur la soupe, sa durée est très variable et on ne sait jamais quel ton il va prendre. Un débat entre copains, tard le soir après quelques bouteilles de vins, c’est comme si tu criais « GRENAAAAAADE » au milieu de la salle, ne sachant pas si elle va exploser, ni qui va se lever pour dévier le danger, ni si finalement ce n’était pas qu’une grosse blague et que la grenade en question n’était qu’un canard en plastique.

Ce soir, le débat est porté sur les prix des biens alimentaires en France. Tu prends part à la discussion, parce que toi aussi t’as un avis et toi aussi t’es super intelligente, d’abord. « Non mais, tu te rends compte que maintenant une baguette de pain c’est plus d’un dollars?« . Tout le monde s’arrête, moment de regards prolongés beaucoup trop long sur ta personne. « Un… quoi? » Erreur fatale. « Huuuuum sorry tu reviens des Staaaates toi non?« . Ça, c’était inévitable. Et non ce n’est vraiment pas voulu, mais oui ça fait snob. Et oui tu aimerais passer vite ce détail pour parler vraiment de l’augmentation abusive du prix de ton éclair au chocolat qui te révolte, mais tes copains resteront fixés sur ta maladresse, enchaînant mille et une répliques toujours plus lourdes. Fin du débat, les taquineries entre amis, c’est bien plus rigolo.

 

Règle de survie numéro 3: Ce n’est pas parce que tout est bon qu’il faut tout manger.

« T’as pas grossi en plus c’est bien », ça c’est ce que t’a dit ta maman. « Ahhhh, t’as pris quelques burgers toi!!! », ça c’est ce que t’aurais dit ta maman si elle t’avais vu 8 jours plus tard après ton retour en France. Le problème, c’est que tout le monde a voulu te faire plaisir en même temps, et que tout est trop bon. Tes yeux ont crié oui, tes cuisses ont crié malheur mais on sait tous qui s’en sort dans ces combats-là. « Je peux avoir une deuxième part de gâteau ? ». Au pire, à la rentrée on se remet au sport, non?

 

Règle de survie numéro 4: Lire les dates de péremption à la française

T’as retrouvé les produits français, et vraiment, ça c’est un bonheur sans nom. Tu as surtout retrouvé les petits pots de yaourt, tout petit petit… Et là tout de suite, tu as envie d’un bon yaourt la laiti*** à la vanille.

(NB : En tant que Minnie libre, je ne dévoilerai pas de marque poussant à la consommation d’un produit précis. C’est surtout que personne n’a proposé de me sponsoriser, bande de nazes).

Plus par réflexe que par véritable intérêt, tu regardes la date de péremption : 10/8. 8 octobre, on est le… 26 septembre, ok large. Tu savoures ton yaourt d’une taille confortable à la prise en main quand tout d’un coup la vérité apparait au grand jour. Seigneur, tu viens de manger un produit périmé depuis le 10 août. Heureusement que les dates de péremption ne sont que très peu représentatives de la réalité mais quand même tu aurais pu… mourir !!! Qu’on ne t’y reprenne plus, post-it sur le frigo : En France, c’est d’abord le jour puis après le mois. Et dans ces cas-là, ton post-it est l’ami le plus fiable que tu puisses avoir.

 

Règle de survie numéro 5 : En France, on ne parle pas aux inconnus

Oh my God I love your shoooooes!”. “Hey, what’s your book about?”. Aux USA, on aborde les inconnus comme si nous avions toujours été les plus grands amis du monde. Si cette habitude peut paraître étrange (CF : épisode 3 et l’homme de la boulangerie), il n’en est pas moins qu’elle devient fort agréable une fois intériorisée. Cependant, il est très difficile de reproduire cette habitude en France, et tu aurais dû y réfléchir à deux fois quand, fidèle au concept du « tchachage spontanné », tu as flashé sur les chaussures de ta voisine d’ascenseur. En bonne élève avertie, tu as reproduit les étapes à l’identique : Appel au regard, croisement de regard, insistance du regard, sourire bienveillant et jetée à l’eau. « Je suis fan de vos chaussures !! ». Tu aurais déjà du sentir le pot-aux-roses quand elle n’a répondu à ton sourire bienveillant qu’avec un sourire timide, qui voulait déjà dire « qu’est-ce qu’elle me veut, celle-là ? ». Pour le reste, ça n’a pas loupé, la nana te regarde avec un air très sceptique, puis face à ton sourire figé (t’as l’air bête maintenant), son regard devient faussement gentil, mais tu peux lire dans ses yeux que tu n’es pas la bienvenue : « Si tu penses que je vais te dire d’où elles proviennent pour que tu achètes MES chaussures, qui font partir de MON style de MON…, de MA… blablabla MOI MOI MOI blablabla, tu te fous le doigt dans l’œil : va crever.». Mais tu continues de sourire, parce que maintenant tu te moques un peu de cette attitude. Ding, arrêt d’étage, tout le monde descend. « Merci », et elle s’en va. Bon tu retiendras la leçon : en France, on ne parle pas aux inconnus.

Conclusion : Bien sûr, il existe bien d’autres règles que tu devras réapprendre au fur et à mesure, mais pour les premiers jours, ce petit guide de survie du retour de l’enfant prodige t’aidera à échapper à quelques situations délicates. Mais t’as beau y penser, tu feras toujours quelques gaffes. Que tu le veuilles ou non, certaines habitudes font maintenant partie de toi. Chaque étape de la vie nous fait évoluer, c’est ainsi. Et même si tu ne parleras plus de ses chaussures à la première bimbo venue, tu continueras à sourire à tout humain qui croisera ton regarde, réceptif ou non. Parce qu’au final, toute aventure commence par un sourire. Parole de Minnie.

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