Episode 17: Le blues du retour à la maison


Le retour de l'expatrié / mercredi, janvier 24th, 2018

« Ahhhh ». Ça, c’est le cri strident de tes copines pour t’accueillir. Maman et papa t’ont fait un gros câlin à l’aéroport. Tout le monde est content, et la vie reprend vite son cours normal comme si rien n’avait changé. La maison est la même, mêmes habitudes, mêmes heures de repas, même « à taaaaable », même sonnerie de téléphone fixe, même tout. Quand tu demandes aux gens qui t’entourent de résumer leur 7 mois, la réponse est souvent la même : «Oh tu sais, nous on était là quoi, rien de ouf ».

Très bien alors, dans ce cas-là tu n’as rien loupé ! Alors tu copie colle ta vie avant New York à la vie après New York. Après tout, tout est pareil. C’est chouette, de se sentir aussi bien partout aussi vite.

« Ahhh mais non lui tu ne l’as pas connu, t’étais pas là… ». Après réflexion, tes copines énumèrent souvent des choses qu’elles ont vécues sans toi, ou que tu ne comprends pas. Tu entendras longtemps parler de leurs vacances réussies, toutes réunies, sans toi. Des anecdotes que tu ne comprendras pas, des noms de personnes inconnues au bataillon, placées négligemment au milieu d’une conversation qui sans le vouloir te fait te sentir à part. Tu perds le fil de l’histoire, tu te sens parfois un peu ailleurs. Tu t’entendras prononcer un nombre anormal de fois en peu de temps « Je ne savais pas », ou « Je ne comprends pas ». Commencent alors à naître quelques frustrations, et un constat effrayant : Tu es en période de transition, et tu es seul.

« Je me suis retrouvée dans les rues de Paris où les parisiens ne vont jamais. J’étais un étranger parmi les étrangers. Pourquoi j’étais là je ne savais pas. J’ai en générale jamais su pourquoi j’étais là où j’étais. Je dois être typique. » L’auberge espagnole

Non, ce n’est pas possible de faire un copier-coller comme cela semblait si logique au départ. Car entre le avant et le après, il y a eu 7 mois. 7 mois de rencontres, de découvertes, de changements personnelles, 7 mois marquants. Et tu commences à douter : à se sentir bien partout, notre place n’est-elle pas finalement nulle part ?

Paris semble bien petit. Tout est à sa place comme ça l’a toujours été, pourtant tout est différent. Tu ne te sentais pas New Yorkais, tu n’as jamais vraiment été parisien. Tu as toujours su que tu quitterais ton village de campagne natal, tu n’as jamais su où tu irais. Tu es là où la vie t’a mené, mais à force de suivre la vague tu as peur de t’être laissé couler. Tes copines t’avaient mis un bracelet au poignet quand tu es partie : « I wish you were here ». L’inscription s’est effacée, pourtant plus que jamais tu aimerais être vraiment là, mais ton esprit est toujours ailleurs. Ce bracelet, c’est ton cordon que tu n’arrives pas à couper.

New York, tu as gardé une trop grande partie de moi. Je t’ai détesté, tu m’as épuisé, mais souvent tu me manques. Tu sembles déjà bien loin, tu as laissé ton empreinte sur moi, mais je sais que je ne t’ai rien laissé. Tu m’as abrité, puis tu m’as laissé partir comme tous les autres. New York, I love you. Je continuerai à me laisser bercer au son de ton évocation dans les chansons, mais je continuerai à avoir ce petit boum au cœur quand j’entendrai ton nom. Je réalise qu’aussi belle fut cette période de ma vie, elle appartient désormais au passé. Bientôt, je l’accepterai, et comme une rupture amoureuse, je ne garderai finalement que les bons souvenirs.

Cette expérience t’aura une nouvelle fois appris quelque chose : l’importance de prendre le temps. Le temps de se retrouver, le temps du partage, le temps de la complicité. Car au final, ce qui t’a vraiment manqué et tu le sais maintenant, c’est ce précieux temps. La vie ne reprend pas son cours d’avant. La vie, cette vie est un nouveau départ à chaque étape. Tu n’es plus la même personne, tu es la version de toi du passé améliorée. Il n’y a pas de nouveau avant, de nouvel ancien ou de version recyclée, il y a bien un avant et un après dans cette histoire. Et l’avant, il est là, il est saisi, il sera grand, et il s’appellera Le Retour de la Minnie.

Conclusion : Les humeurs sont cycliques. Tu as eu ton blues de l’expatrié, et tu as eu ton blues du retour. Tu as eu l’adrénaline du départ, et tu as eu les joies des retrouvailles. Tu as eu le cœur serré du manque, à chaque étape. Mais tu as surtout maintenant beaucoup de souvenirs, qui marquent ta vie et font ce que tu es. Tu apprendras que dans toutes ces aventures, le seul point de repère, c’est toi. Et qu’avant que les choses reprennent un cours normal, il faut te réapprendre à te mouvoir toi dans cet environnement, et accepter que si rien n’a changé en apparence, toi tu es différent. Pas métamorphosé non plus, mais différent par ton expérience et ce qu’elle t’a apporté. Et quand tu accepteras cela, quant au bout du chemin tu te seras retrouvé après une période d’incertitudes et de reconstruction, alors tu pourras retrouver tes relations, prendre le temps de reforger les liens. A ce moment, tu pourras répondre à une question, adressée sans bruit aux personnes qui te sont si importante : Et quand les jours auront passés, seras-tu là ?

 

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