Episode 21: Recherche active du premier job


Siffler en travaillant / vendredi, février 2nd, 2018

Situation initiale
10 heures. Tu te réveilles l’haleine pâteuse et le bras engourdi. T’as encore dû dormir dessus sans t’en rendre compte, assommée par une soirée estivale entre amis. Enfin « estivale »… ce n’est pas vraiment l’été mais dans ta tête tu te sens libre. V A C A N C E S. L’école est finie tout le monde danse, tes parents sont contents de retrouver leur enfant prodige qui va enfin se mettre au boulot, au vrai. Tu vas pouvoir gagner ta vie, être I N D E P E N D A N T. Trop cool. Tes professeurs n’ont pas dû être trop mécontents de se débarrasser de toi non plus. Pas que tu sois un problème, promis père noël cette année j’ai été sage, mais parce que pour eux c’est « encore une année de cotiser pour la retraite ». Tu te dis que cette réflexion est digne d’un vieux croûton. Mais tu te dis surtout que ça sera bientôt la tienne pour les 30 années à venir.

Élément perturbateur
Diiiiing diiiing. Un réveil ? Qui a mis un réveil ? Tu ne te souviens pas l’avoir planifié hier soir. C’est vrai que c’était étrange de te réveiller naturellement après seulement 5h de mi-sommeil mi-coma. C’est alors que tu réalises que ce qui sonne ce n’est pas un réveil mais ton téléphone.
« Allo ? » « Oui bonjour mademoiselle G…. » Merde c’est important. Idiot que tu es d’avoir répondu, ta voix au réveil est aussi variable qu’un ado qui mue et ton cerveau est actuellement composé de spaghettis qu’on aurait trop cuits.

Ils commencent tous comme ça les gens importants et inconnus au téléphone, par t’appeler « mademoiselle ». Ça donne tout de suite un côté pro au bout du fil. Normal que ça le soit, puisque c’est bien un pro qui t’appelle, représentant de l’entreprise pour laquelle tu as postulé à l’offre d’emploi quelques jours plus tôt. « Oui bonjour Monsieur D…., oui bien sûr que je sais pourquoi vous appelez, oui bien sûr que je suis ravie, oui bien sûr que je voudrais manger mon croissant en paix heuuuu je voulais dire que je souhaiterais vous rencontrer de près… Oui un petit chat dans la gorge rien de méchant vous savez ces différences de températures… hum hum ! »
Bla bla bla.
Finalement tu auras réussi à articuler quelques mots malgré ta situation délicate. Bac +5 après tout il faut bien que ça paye. Bon on note le rendez-vous prévu… La semaine prochaine, très bien.

Les péripléties (ce sont plus des périples que des péripéties)
Troisième jour de la semaine, troisième entretien. Tu as enfilé ce matin ton dernier haut « classe » propre de ta penderie. Si quelqu’un appelle pour fixer un entretien demain t’es foutu. Il est temps de penser à réinvestir dans des tenues de working girl.
« Bonjour mademoiselle G…. » Ah ça doit être elle la personne importante.
Blablabla tout se passe bien petit échange fort sympathique on se remet facilement dans le bain des entretiens d’embauche.
« Nous n’avons pas de poste à proprement dit ouvert mais nous pouvons vous proposer un stage…« .

Après tout, 257 stages ou 258 ça ne change plus beaucoup la donne. Tu t’es très vite confronté au fameux « les entreprises sont frileuses d’embaucher de nos jours » que tu écoutais vaguement d’une oreille lors de discussions entre adultes. T’es un peu découragée mais après tout ça t’intéresse et on n’est pas à l’abri que ça se passe bien et qu’on se prépare une place douillette dans l’entreprise. On se rassure comme on peut.

« Donc pour la rémunération ça sera le minimum légal ». Mais comment ça, madame ?! On avait dit I N D E P E N D A N C E. Hors de question d’accepter ce traitement de m**** vous êtes malades bande de… « Très bien, je vais y réfléchir ». Tu repars avec un sourire bizarre figé sur ton visage. Tu es à la fois contente, en colère, révoltée et MAIS NON NON NON zut alors pour qui ils se prennent !

Fermeture du rideau
Tu t’es rendu à l’évidence: tu as accepté. Et oui, l’indépendance se fera attendre. On t’avait prévenu: « les temps sont dures ». Tu t’es résignée à subir l’exploitation que tu prônais haut et fort vouloir éviter à tout prix encore un mois auparavant. « Moi j’arrête les stages ! ». Mais entre-temps tu t’es confronté au monde du travail. Pas facile. Tu as revu tes priorités, ce sera donc une nouvelle expérience inconnue sans trop te mouiller, on garde la planque, ce n’est pas si mal. Après tout, ce n’est que repousser pour encore plus d’indépendance dans quelques mois. Patience patience little beginner, ton tour viendra. Au moins ton « salaire » remboursera l’investissement dans tes tenues de working girl. Et te payera à manger… Ah non en fait. Pour ça, ça sera l’entreprise le midi et maman le soir. D’ailleurs tu as une petite faim.  « Mamaaaaaan qu’est-ce qu’on mange ce soir ????! ».

Conclusion
Non il n’y a pas de doute, le grand envol attendra. On t’a tiré en plein dans l’aile quand tu as pris ton élan, tu voulais un job, tu te retrouves avec un stage moins bien payé qu’il y a trois ans. Bac +5 certes, mais bac +5 en flexibilité avant la pratique. Après tout, tu as toi-même marqué dans ton CV que tu possédais une forte « adaptabilité ». Félicitations pour ton premier job stage de fin d’études petit étudiant en fin de vie, tu viens presque de rentrer dans le monde du travail, avec le plomb (dans la cervelle ?) que tu prendras davantage, tu seras capable de flanquer des raclées à ton tour dans le futur. Et oui, peut être que toi aussi plus tard tu te retrouveras à l’inverse assis à la place du recruteur et tu pourras annoncer « on vous prend en stage » au jeune en face de toi. Le pire, c’est que tu trouveras peut être ça tout à fait acceptable à ce moment-là.

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