Episode 3: Du bacon dans votre croissant ?


Un expatrié à New York / jeudi, janvier 4th, 2018

Se rassasier = apporter à son corps les besoins nutritifs dont il a besoin pour subsister. 

 

Se rassasier en France = apporter à son corps les besoins nutritifs dont il a besoin avec de bonnes choses en tentant de ne pas en abuser. 

 

Se rassasier aux Etats-Unis = apporter à son corps un tas de choses dont il n’a pas besoin, se lamenter devant la malbouffe et son incapacité à y résister. 

 

Le bacon, le cupcakes, les muffins, et définitivement LE BACON. Mon dieu c’est bon, un artifice dans la bouche. Le moins drôle c’est quand ça devient l’artifice dans les cuisses. Je peux voir le cochon entier pousser depuis que je suis arrivée. La tentation est bien trop grande pour la gourmande que je suis. Ouverts toute la nuit, les points de vente de malbouffe attirent toutes les âmes en perdition sans grande volonté de résistance. Un cochon ça passe, toute la porcherie un peu moins. L’installation est bien achevée, le temps des premières courses a sonné. Et tu découvres avec grand malheur… les prix de la food à New York. Puisque c’est comme ça, tu te dis que tu ne mangeras plus RIEN. Affaire résolue. Tu  tiens une heure, arrondie à  l’unité supérieure.

 

 

Paragraphe 1: Le supermarché classique 

 

Il fait – 15 degrès dehors et tu as faim. Il est temps de se prendre en main. Temps ou pas d’ailleurs, il neige. Le supermarché est à 6.37 minutes à  pied. 6.43 minutes le temps de fermer le col de ton manteau après avoir fait quelques pas. 9.54 le temps de retourner chercher le pull de mamie et de mettre tes gants. 15 minutes le temps d’hésiter à retourner dans le froid hivernal et d’atteindre enfin le seuil du supermarché. Première étape, les fruits: ils ont du se tromper, ils ont mis les imitations en plastique des matières organiques. Ah non, 5 fois le prix en France pour une tomate sans goût, c’est normal apparemment. Les américains sont feignants, tout est déjà coupé et mis en petit sachet qui te coûte un bras. Pour le reste, on dirait les petits plats de maman quand elle est fatiguée et fait semblant de cuisiner, aveugle d’un œil et qu’elle décide de faire mijoter ensemble les restes des derniers jours, cachés sous un résidu d’huile. C’est dégueu. Mais c’est une technique très futée, il faut le reconnaître.

 

Tu peux te perdre 3heures pour retrouver ton chemin et garder le sourire. Tu peux faire des efforts d’adaptation pour tout un tas de choses. Mais au bout de 3 jours, tu as déjà compris que tu n’oublieras jamais la bonne gastronomie de chez toi. Et pour le coup, les clichés tu les entretiens. Tu t’arrêtes devant toutes les vitrines de ce qui ressemble le plus à nos boulangeries. En soupirant, la larme à l’œil. Comment vais–je tenir 6 mois de plus dans ce continent ? Le commerçant de la « boulangerie » que tu observes devait t’observer lui aussi. Il s’avance vers toi d’un air déterminé, avec des grands yeux ronds qui signifie soit qu’il souhaite te crier « JE VOUS AI COMPRIS », soit que la farine de ses gâteaux n’est pas très clean.
« Are you French? You have to taste my pastries! »
Deux réactions envisageables :

  • A l’américaine : « Sure!!! Thank you so much!! It’s a beautiful day by the way!  What’s your name? »
  • À la française : « Pourquoi ???? Tu vas me demander des sous c’est ça ? Tu penses vraiment que je me suis tapé 6000kms, deux avions et un décalage horaire pour goûter des imitations ratées des bonnes choses de mon pays ? Idiot! »

 

J’ai pensé français et j’ai agi américain. Avouez que c’est franchement mieux.

Paragraphe 2 : l’appel à l’aide  

 

Tu ne t’en tireras pas tout seul sur ce coup-là, il va falloir demander conseil aux français expatriés qui vivent la même galère que toi. Tu te tournes vers ta coloc, hyperactive de mères en filles. Je ne connais pas sa maman, elle n’a pas encore de filles mais sous sa frimousse d’enfant sage et réservé elle possède bien assez d’énergie pour toutes les générations passées et futures. Elle te parle d’un endroit communautaire où les produits sont bios, le principe est simple : en échange de quelques heures de travail, tu obtiens des  rabais sur les produits. J’aime beaucoup le principe, allons-y ! Comme tout tes projets classés « reprise en main – vie saine », celui-ci ne fera pas exception à la règle et n’aboutira point. Il faudra trouver autre chose. De fil en aiguilles, tu arriveras à une proposition. Enfin pas totalement de fil en aiguilles en fait puisque maintenant à chaque fois que tu croises un français la question « Tu fais tes courses où ? » arrives de façon systématique avant le « c’est quoi ton petit nom ? » et juste après la question encore plus fondamentale « tu payes combien pour ton loyer ? ». On te parle alors d’un certain Trader’s Joe. Tu trouves l’appellation vraiment sympa. Le meilleur shop qualité /prix, un sauveur ce petit Joe tu es déjà raide dingue de lui. Oui mais voilà, comme dans tout compte de fée une mise en garde s’impose : évite les heures de pointes ou ton prince se transformera en un affreux lieu bondé de monde.

 

Paragraphe 3 : Trader’s Joe  

 

Au début j’ai pensé à une boîte de nuit, un lieu très hype où il faut attendre son tour, et où il est impossible de danser sans écraser le pied des autres (comprenez par danser = attraper ses courses; oui je sais c’est joliment dit). Bon je dois avouer qu’en boîte je fais quelquefois exprès d’écraser le pied de la peste à côté de moi, mais cette fois je n’avais pas fait exprès de mettre la boîte de ravioli dans l’œil du monsieur, promis! Une fois dans la queue et l’attente arrivant presque à son terme, il faut guetter le signal. Les caissiers ont des petits drapeaux rayés qu’ils agitent quand leur caisse est libre. Et ça j’adore…
Au rythme d’une course de formule 1, on fait crisser les pneus (comprenez les roues du caddie), on fait chauffer les moteurs (là je ne veux pas avouer à quoi j’ai pensé), les caissiers sortent leurs drapeaux et goooo. Et malgré le nombre de Ferrari qu’ls prennent dans la tronche, les caissiers sont toujours sympathiques et veulent même savoir comment ta journée s’est passée. Comment ça il a demandé la même chose à mon voisin? Laissez-moi croire que je suis privilégiée de temps en temps. Malgré l’attente, c’est l’endroit incontournable pour faire ses courses. Et oui, à New York, la bonne qualité à prix raisonnables se payent… J’y laisse à chaque fois un pied (et un œil du coup) mais mon porte monnaie ne s’en sort pas mal.

Conclusion :

Il faudra faire avec, vous ne trouverez pas les produits de la maison, ou il faudra y mettre le prix. Mais ça vous rapprochera encore plus des Frenchy autour de vous. Vous parlerez de fromages et saucissons dans chaque discussion. Ça vous fera rebondir sur les particularités de vos régions, sur vos mamies,  et même sur vos chats si la discussion tourne bien. Au final le plus drôle c’est qu’en France, vous ne mangez presque jamais de fromage.

 

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