Episode 34 : La naissance d’Une Minnie à New York

(L’épisode est réadapté de celui écrit pendant mon séjour à New York. Prière de vous replonger trois ans en arrière…)

« Une Minnie à New York ? Mais pourquoi une Minnie ? »

Je vous raconterai, au fil des pages d’un livre sans image, une histoire d’un merveilleux voyage, qu’on n’oubliera jamais.

Tout a commencé avec des notes en vrac, prises sur mon téléphone, relatant chaque semaine les péripéties de ma vie new-yorkaise.

Non, ça n’a pas démarré comme ça.

Tout a commencé avec ma passion bizarre pour l’écriture. Petite, j’écrivais déjà des histoires de sorcières vivant cachées dans un immeuble, qui préparaient des potions magiques pour rendre les gens laids. Il fallait être sacrément tordue, déjà à 8 ans… Maman trouvait ça vachement bien. Du coup, j’ai continué mes histoires pour ma plus grande fan. Ça a pris une tournure un peu plus sérieuse avec le temps. Je me suis dit qu’un jour, j’écrirais un roman.

Non, ça n’a pas démarré comme ça non plus.

« Mon dieu ! Ils t’arrivent toujours des trucs invraisemblables, tu me fais bien rire. En fait, t’as une manière de raconter qui rend la chose plus drôle qu’elle ne l’est ».

Voilà comment ça a commencé. Cette phrase, je l’ai entendue des « millions » de fois. En arrivant à New York, j’avais mis un rituel en place : chaque semaine, j’envoyais un récit de mes aventures new-yorkaise d’après mes notes en vrac, à mes anciens collègues de Disney, ceux qui me surnommaient « Minnie », à cause d’une quelconque robe à poids. Le surnom, c’est comme un prénom : on le choisit rarement, mais on finit toujours par l’adopter.

Puis, à l’issue d’un skype familial, une phrase a tout initié :

— Tu devrais écrire un blog.

— Maman, un blog, c’est pour les minettes mal dans leur peau. Rien que le nom, ça sonne superficiel. Répète- le plusieurs fois d’affilées: blog blog blog blog blog. Tu vois comme c’est ridicule?

Et puis après tout, ce n’était pas si bête. Si ma vie de grand écrivain démarrait par un blog ? Entre les romans de mes 8 ans morts dans l’anonymat avant l’heure, et mon super roman de femme accomplie, il pourrait y avoir un blog. Comme ça, l’air de rien. Après tout, les mails que j’envoie ont l’air de trouver un public. Le nom est vite trouvé : il s’appellera Une Minnie à New York.


« Je me lance dans un blog, en fait c’est à propos de ma vie à New York, mais plus globalement de la vie d’un français qui voyage, bref j’aimerais bien que tu me donnes ton avis… »
Le premier épisode sera de toute évidence mon cauchemar de l’arrivée, qui restera mon cauchemar du séjour entier : le métro. Il faut dire que sans lui, je n’aurais pas pris le temps d’écrire autant. Alors le premier épisode paraît sur un site que j’ai créé, après avoir visionné un tutoriel « créer facilement un blog », et je l’envoie à mes colocataires et co-stagiaires, histoire de tâter la température.

La moutarde a l’air de prendre. J’élargis l’audience. Tous les jeudis, un nouvel article ! Ils sont partagés sur la page Facebook du même nom. C’est la cadence que je m’impose. Je prépare le document la semaine pendant les trajets de métro, je l’écris, le retravaille, réfléchis aux visuels… Je ne veux pas que ça soit nul, je souhaite que chaque mot trouve sa place, qu’on prenne plaisir à lire chaque phrase, sans coups de mous. Puis vient le jeudi soir où je m’installe devant mon ordinateur pour mettre en page l’article sur le site, sélectionner les photos, adapter les polices, mettre en gras, souligner… Ca prend du temps, entre une et deux heures. Je relis dix fois, je traque les fautes… Je mets mon coeur à l’ouvrage.

C’est une exhibition vous comprenez, si je diffuse mon esprit, autant que ce soit sous son plus beau jour. Je publie l’article autour de 22h. Décalage horaire en vigueur, il est 4h du matin en France. Je reçois les retours de mes camarades français qui vivent dans la Grosse Pomme le soir même. Ils se retrouvent dans mes écrits. Pour le reste, les retours arrivent en grande partie au réveil, quand la matinée est déjà bien entamée au pays du bon pain. Puis au compte goutte. L’audimat rie, l’audimat m’encourage, l’audimat est bon. Alors je me laisse surfer sur la vague, je m’ouvre un peu plus, change de registre pour un temps et touche à un sujet plus profond.

« Hahaha. Je t’entends raconter les histoires. Tu me tues ». « C’est drôle ». « J’ai lâché une larmichette ». « J’ai pas trop aimé celui – là ». « Qu’est-ce que tu fous on est vendredi il est où l’épisode? » « C’est quoi ces conneries de grève? ». « J’attends ma pause déjeuner pour lire, ça me détend ». « On se reconnaît vachement ».

Le problème c’est que si les gens m’encouragent, je ne suis pas prête à arrêter mes bêtises. Alors, ce qui n’aurait dû être que temporaire a finalement continué. J’ai pris l’habitude de rire dans le métro en écrivant les épisodes. Au final, la première personne que ça fait marrer, c’est moi. Je me suis éclatée, sauf peut-être à l’écriture de l’épisode blues. Celui-là m’a serré la gorge, au point où l’inconnue qui partage quotidiennement mes trajets maison-boulot m’a regardée d’un air grave « You’re not smiling today, are you okay? ».

« J’ai fait lire l’épisode à mon coloc… ». « Ça a bien fait marrer ma mère ». « Salut Marjorie, je te contacte car j’arrive à New York et j’ai vu sur ton blog que ta coloc était top, je cherche une chambre… ». Wait… What? Heureusement que je n’ai pas écrit de site pornographique comme c’était convenu au début… (c’est une blague, maman).

« Tu ne connais pas la Minnie? ». A la Herkimer House, les colocs me font ma pub, et hors de question pour un invité de repartir sans avoir liked la page. C’est assez drôle en réalité. Mais il est clair qu’il faudra en assumer les responsabilités : Minnie deviendra mon surnom officiel. Je suis une personne célèbre à présent, au moins 5 personnes suivent régulièrement !

Au final, ce n’était pas si superficiel que ça. J’ai appris à plus écouter ce que les gens avaient à dire, et à m’en inspirer. Mais je les ai toujours prévenu « ça, ça atterrira dans mon blog ». Sauf que je ne leur ai jamais demandé leur avis. A un moment, j’ai même été border line malgré moi, ce qui m’a valu une petite censure. Comme un vrai écrivain, ça a son charme. Du coup, j’ai aussi appris que chacun avait sa sensibilité unique. La parution de mes épisodes a souvent suscité des conversations autour des thèmes. Ça m’a permis d’en apprendre davantage sur les gens qui m’entouraient. J’ai eu moins peur d’assumer mes sentiments, et dire par écrit ce qu’il n’était pas possible de dire à l’oral.

Alors oui, au final, ça n’aura eu que du bon. Et si c’était à refaire, je le refais sans réfléchir. Mais pour mon futur livre qui me rendra célèbre, j’utiliserai un nom que tout le monde comprend. Ou je ferai un prologue explicatif, histoire de ne pas renouveler l’expérience d’expliquer 142 fois pourquoi ce fichu blog s’appelle comme ça.

Conclusion: Bon aller trêve de blablabla. Ça a commencé et ça a continué, point. Et ça finira, car toutes les bonnes choses ont une fin. La Minnie appartiendra au passé dans quelques semaines. Et non, ce n’était que le début d’une belle histoire… La Minnie, c’est moi, c’est toi mais c’est aussi un peu tout le monde qui aura croisé mon chemin. Alors avant que ça se finisse, je tenais à vous remercier. Merci d’avoir été aussi fou, aussi drôle, aussi tout et n’importe quoi mais surtout d’un grand soutien.

PS: En vrai Minnie c’est sympa comme surnom mais l’officiel c’est Belle. Et cela même si Emma Watson a volé mon rôle. Je n’ai jamais compris pourquoi personne ne m’appelait comme ça… 


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