Episode 7: Sex and the City


Un expatrié à New York / mercredi, janvier 10th, 2018

« Alors New York? Tu m’étonnes que tu dois t’éclater… Quand t’es français aux Etats-Unis à ce qu’il paraît t’es le roi du pétrole, parle moi des américains ! ».

 

Le premier mois c’était facile de se justifier: « Oh tu sais je ne suis là que depuis quelques semaines, je prends mes marques, tout doux… », le deuxième mois aussi mais ça sentait déjà l’excuse à deux francs: « Rien de bien à se mettre sous la dent, je te jure… ». Et puis les mois ont passé et tu n’as plus trouvé de bonnes justifications du tout. « Ba alors, qu’est-ce que tu fous? ». Lassée de devoir trouver des excuses, tu as commencé à mentir: « alalalala qu’est-ce que je m’éclate un vrai Don Juan moi si Molière était de notre temps je te jure il aurait réécrit sa pièce au féminin ouuuuuuh mais bon tu sais il y a tellement de choses à raconter que ça serait bien trop long, comment va ton chat? ».

 

Tu détournes le sujet comme tu peux mais tu as commencé à sévèrement te poser des questions: What’s wrong with me? Tu te dis que c’est l’air ambiant, qu’après tout un écrivain est fait pour être seul. Même avec ta famille tu y as le droit « Alors les américains??? ». « Rien à signaler ». Le pire c’est qu’ils te répondent avec un petit clin d’œil agaçant, du genre « allez on ne va pas trop creuser va, tu as le droit à ta vie privée ». La cerise sur le gâteau, c’est sûrement le regard confus de ta maman quand tu lui racontes tes histoires: « Ma fille, j’espère que tu plaisantes… J’espère que même si tu es bizarre tu arriveras à trouver quelqu’un un jour qui t’accepte comme tu es… Allez, je vais croire que tu me mens hein c’est mieux comme ça (sourire un peu apeuré) ». Non vraiment tu le sais, il y a quelque chose qui cloche. Le pire c’est que quand tu ne dis rien c’est vraiment rien. Pas un flirt, pas même une drague à l’horizon. RIEN, NEHANT, NADA, NIENTE E ARRIVERDICI.

Sauf si on compte ce garçon, qui, une fois, est venu te voir quand tu te déhanchais sur le dancefloor pour te dire qu’il ne voulait rien, mais simplement qu’il souhaitait te dire qu’il te trouvait « very beautiful« . Ta première réaction a été de regarder au-dessus de ton épaule: personne derrière. Il me parle à… moi? Incroyable, tu lui aurais bien fait un gros câlin mais pour le coup ça aurait été mal interprété, et après il t’aurait emmerdé toute la soirée. En plus il était tout dégoulinant de sueur post rock endiablé berk. Ah mais il y a bien ce gars aussi, qui, une fois, t’as arrêté dans la rue. « Hello beautiful.. do you have some time?« . A toi on ne te demande pas ton numéro, on te demande du temps… Mais mon pauvre garçon c’est bien la seule chose que je n’ai pas ici. Alors j’ai passé mon chemin, en me disant que justement le temps qui passe jouerait un jour en ma faveur. Comme dans les Disney quand la princesse aperçoit son prince… Aussi simple que cela, en un regard tout est dit.  Et puis je me suis rappelée que le monde réel était bien différent, et rien de tel n’est jamais apparu. Alors j’ai fini par vivre par procuration et suivre les histoires d’une personne de mon entourage que j’adore qui, au sens inverse, a beaucoup de péripéties à raconter.
 

 

Ariel et les mollusques

 

Ariel, c’est la coloc sensible. Un vrai petit cœur d’artichaut. Elle tombe amoureuse de tout le monde du moment qu’il a un petit quelque chose qui lui plaît. Comme la fois où elle a rencontré ce garçon vraiment mignon en boîte. « Il nous invite chez lui!!! », t’a-t-elle dit avec son grand sourire pétillant qui s’étire jusqu’au coin externe de ses yeux. « Comment ça, nous? » « Ba oui after chez lui, nous trois et ses potes!!! ». Ah ouf, l’espace d’un instant tu as pensé qu’elle avait tellement pitié de toi qu’elle te proposait un threesome « Bon… il te plaît? » « Oui il me plaît Marjorie aller dis oui dis oui dis ouiiiii ». T’es moyennement partante, ça sent le guet-apens, mais elle continue à te regarder avec cette même expression d’enfant attendrissant à qui on ne peut pas dire non. « Bon, allons-y ». Comme tu t’en étais douté, « le destin » t’avait attribué un de ses copains.
C’est souvent le problème quand tu soutiens une de tes copines dans ses conquêtes: tu te retrouves à occuper le pote que personne ne veut. C’est un rôle qui s’occupe à intervalles, une fois c’est elle qui a le prince et toi le bouffon, l’autre fois ça sera.. toujours toi.  Ça se trouve c’est lui qui t’occupe en fait… Ça se trouve c’est TOI la pote lourde que personne ne veut. Misère… Vous papotez, de tout et rien, mais surtout de rien. La conversation s’enchaîne bien, vous riez même ensemble de la situation qui commence à se dessiner sous vos yeux: Ariel galère, le type a l’air de dire des trucs chiants. Bon puisqu’il est sympa laissons le parler de tout. Grosse erreur, tu savais pourtant que si tu lui donnais un peu de liberté il allait finir par tout gâcher.
 »Tu n’as pas l’air d’être… le genre… sentimental quoi ». Une réflexion très profonde et étonnement rapide s’en est suivie, en quelques étapes:

1/Je ne savais pas qu’il existait un « genre » sentimental. Un genre… Genre toi même non?

2/ Je dois paraître froide

3/ Je passe pour un macho

4/ Ou pour une féministe froide et macho

5/ Je ne m’habillerai plus jamais tout en noir

6/ J’arrête le flirt. C’est définitivement pas pour moi.

7/ Le pire c’est que je n’essayais même pas de flirter

8/ Les chats c’est bien mieux

9/ Ma vie est foutue

10/ Je n’ai pas besoin de ça de toute manière ça n’amène que des problèmes

11/ Parfois j’ai un coeur en plus

12/Je vais reprendre un verre de vin
Dans votre champ de vision, Ariel se décompose au fur et à mesure. Il s’avère que son prince charmant à minuit passé se transforme en crapaud qui commence à pleurer sur son histoire d’amour fraichement terminée. Tu compatis mais de ta position la scène est vraiment drôle.
C’est ça le problème avec Ariel, elle ne cherche jamais au bon endroit alors elle ne tombe jamais au bon moment. Toi ton soucis c’est qu’à force d’être trop détachée ils sont tous devenus « pas assez… » à tes yeux. Elle, à force de chercher, ils sont tous devenus « trop ». Trop bizarre, trop petit, trop ennuyeux, trop niais, trop perché et même trop gentil. Mais Ariel croit dur comme fer en la bonté de l’homme  « Laissons-lui sa chance » « on verra bien » « Bon c’est clair qu’il est trop… mais on verra » jusqu’au moment où elle est vraiment soûlé: « Quel trou du c*l! ». Tu apprendras de ses histoires deux leçons essentielles:

1/Le portable en soirée, quand t’es pompette et en manque d’amour, ce n’est vraiment pas une bonne idée. Les 50 messages d’affiliés, qui puent le pathétisme c’est bien connu mais ce n’est pas sexy.
 2/Ne jamais entreprendre une relation avec un voisin.
 

Ariel et le poisson clown

 

Un samedi après-midi, par une belle journée ensoleillée, la plus belle journée de l’année (CQFD: c’était mon anniversaire) alors que vous attendiez le métro Ariel et toi, une personne de sexe masculin s’assoit à côté d’elle et vous regarde fixement. Il flotte une atmosphère étrange, toi tu regardes Ariel cherchant le eye contact « Pssss je crois qu’il y en a un qui va faire le relou ». Tu ne comprends pas trop si elle l’a vu ou pas. Ce garçon te dit quelque chose… Mais comme à chaque fois ta mémoire te joue des tours. Ariel parle plus fort et évite de tourner la tête. Tu ne percutes pas vite, comme d’habitude, mais tu n’es pas trop stupide. Serait-ce Marcel, le voisin rencontré au hasard autour d’une représentation de hip hop qui est passé de « danseur de salsa trop sexy » à « trop gentil trop gnan-gnan trop bizarre je vais lui dire que je suis partie en voyage » en quelques jours?

Et mais oui, c’est Marcel! C’est le moment où tu ne compatis plus du tout avec ta copine, car tu te focalises sur ce qui se prépare: on va se marrer. Le métro arrive, elle baisse la tête mais elle est grillée elle ne peut plus l’éviter « Hey » « Oh Hey! ». Son « Oh Hey! » d’un air enjoué/spontané/ »je ne t’avais pas vu! »/ »cette rencontre est dingue! » pue l’hypocrisie. Gênés ils se font… un tchek? Oui, Marcel lui tend la main et dans son embarras empressé elle a tapé dedans. Tu n’es pas déçue du spectacle. Le type monte avec vous dans la rame et reste à côté d’elle. « It’s funny that I was sit down just next to you and you didn’t see me« . « Ahhhh yeah yeah yeah« . Ça sonne super faux, tu as mal à la langue à force de mordre dedans. Être la pote relou, ce n’est pas glamour mais au moins c’est rigolo.
Oui, Ariel est pleine d’enthousiasme et d’espoir, tellement qu’elle croit encore qu’il est possible de te trouver un américain a condition que tu fasses quelques efforts.

La méthode radicale d’Ariel


Elle a dit « inscris-toi sur tinder! ». J’ai dit « No way » elle a dit « si » j’ai dit « d’accord ». T’as haussé les épaules, t’as ronchonne, mais tu t’es inscrite. T’as tenu deux semaines. Mais il faut avouer que c’est marrant au début. Tu t’es même entendu prononcer les fameuses phrases, très respectueuses et profondes, des utilisatrices de cette fabuleuse application. « Oh les meufs regardez ce thon c’est chaud!!! », « Ohhhh c’est quoi cette photo, on dirait un rat écrasé sérieux », « Pfff photoshop« , « Ahahahaha on dirait mon pote Charles!!! Wait…« . Bref les seuls que t’as aimé c’est parce qu’ils avaient une description marrante. Si tu leur parlais c’était pour leur envoyer toutes les blagues un peu trop lourdes pour la vie réelle que tu t’étais empêchée de faire jusque-là. Le pire, c’est qu’ils y en a qui suivaient. Mais bon, quelqu’un d’aussi bizarre que toi: non merci. Tu dépenses déjà trop d’énergie à te supporter toi-même. Au final, la seule qui s’est divertie, c’est sûrement ta collègue qui trouvait ça marrant de « jouer avec ton tinder ». Ou bien tes collocs les rares moments où tu laissais traîner ton téléphone. Tu t’absentes quelques minutes et à ton retour tu as 30 nouveaux match, 10 nouveaux  « Hi » timides et autres messages beaucoup moins timides. Et des colocs morte de rire, elles ont déjà répondu à certains. Des fois elles sont sympas elle like même un beau et commence la conversation pour toi. « Et franchement je suis sympa, pour une fois que t’as une touche correcte. Oooooh il aime les petits poneys. Regardeeeee il a des tatouages c’est trop sexy. Attends t’aimes pas les tatouages toi non? Ça t’embête si je te le pique? ». 
Bon, la petit flamme, à part dans tes notifications ce n’est pas ça qui te l’a amené.

 

Conclusion : Ariel, on t’a pourtant dit que ton prince était sur Terre mais tu continues à aller à la pêche aux thons. C’est donc ainsi, Ariel et toi avez de gros soucis. Toi, t’es une constipée des sentiments, et elle, elle devrait l’être un peu plus. Mais tu écoutes toujours ses histoires avec délice. Il paraît qu’être un expatrié incite souvent à faire toute sorte d’expériences qu’on aurait pas osé chez nous. A ceux qui ont osé je dis « bravo ». A ceux qui n’ont pas pu je dis « relisez l’épisode soldat, car sachez que vous ne saurez jamais seul dans cette épreuve. »

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