Episode 8: Roomates, Second Part.


Un expatrié à New York / jeudi, janvier 11th, 2018

« Ahhhhh! » « Quoi??? » « Un rat!!! » Un rat??? » « Un rat!!! » « Ahhhh!!! »

 

Ariel et toi diniez tranquillement quand elle s’est mise à crier. Elle a attrapé LE couteau de cuisine (le seul qui coupe vraiment) et s’est mise à embrocher les meubles. Les joies de New York, c’est aussi ça. C’est sale. Mais après deux colocs complètement tarées il faudrait maintenant que tu cohabites avec un rat? Trop c’est trop, ils t’ont tous soûlée, tu es partie vivre là-haut. Bon en réalité c’est juste parce qu’une chambre bien mieux se libérait. Et puis, il fallait bien laisser la place du nouveau dans la chambre en carton… Le temps passe à une vitesse incroyable, et encore plus dans une aventure au bout du monde. Les repères temporels comme les autres n’échappent pas à la règle et se mettent à changer.


Tu as donc migré dans la sphère internationale, composée d’une philippine, d’un allemand et d’une vénézuélienne. La chose la plus difficile, et à garder en mémoire quand on vit avec des internationaux, c’est qu’il faut apprendre à jongler avec la culture de chacun. Vivre avec un allemand, c’est comme vivre encore avec sa maman, la douceur en moins. Il contrôle entièrement le processus de l’enveloppe mensuel du pot commun: du rappel, à la croix à côté de ton nom quand tu as donné ta part, jusqu’à la gestion de la monnaie restante. Hors de question de rigoler avec ça. Et puis il y a cette règle qu’il a instaurée: si la salle de bain n’est pas occupée, on laisse la porte ouverte. Parce qu’il n’y a pas de verrou en fait… Cette règle, pourtant si simple, a causé bien des malheurs.

German rules: l’ordre de la colocation

L’allemand a dit: si porte fermée, porte occupée.
L’application de la philippine: Understood. Period. Pas besoin de répéter deux fois.
La réaction de la française: « Great Idea!!! » Manque de bol pour lui, la française (moi) dans ses moments d’égarements occasionnellement  répétitifs, sûrement trop occupée à fredonner une chanson de Disney dans sa tête ou à l’écriture de son prochain article stupide, oublie souvent cette règle. Et les moments de gêne tombe toujours… sur l’allemand. A croire qu’elle le fait exprès la coquine mais non même pas…
Heureusement, elle n’a jamais rien vu, elle s’est toujours rattrapée avant et leur relation est toujours intacte. Happy ever after.
La Vénézuélienne: Elle dit toujours « Ohhhh okay ». Des fois même elle pousse jusqu’au « No problem » de sa voix nasillarde aux sonorités de nez bouché. Quand elle n’est pas au téléphone à hurler en espagnol, la vénézuélienne nous embête… Elle n’est pas méchante et à vrai dire on l’aime bien mais elle est dans son petit monde. Vivre en communauté, elle ne sait pas faire. Et le respect de l’intimité n’échappe pas à la règle. Et là c’est tombé sur… la française. Oui, moi.

Venezuelan rules: Caliente !

Sous la douche un soir, malgré le vacarme de tes vocalises quotidiennes,  tu entendis quelqu’un frapper à la porte. Tu coupas l’eau, un peu embêtée qu’on t’ai interrompu juste avant d’avoir entamer le refrain de « sous l’océan  » mais tu reprendras le concerto plus tard. «Huuuum Maryoriiii ? » (c’est rigolo quand les personnes qui parlent espagnole essaient de prononcer les « j ») « Yes? » « krkrkrkrkr » (ça, c’est le son de la voix stridente de ta coloc à travers la ventilation et le rideau de douche transparent mais opaque) «Whaaaaat?». Et là Oh surprise la porte s’ouvre et tu te retrouves nez à nez, ou plutôt nez à cul avec elle. « Do you know where is the common soy sauce? » Le choc t’empêche de répondre. « Don’t worry I don’t look at you » Encore heureux que tu ne me mates pas mais j’ai quand même beaucoup de mal à réfléchir à

l’emplacement de la sauce soja les fesses à l’air. Et depuis quand on a une sauce soja commune, d’abord… ?
Ahhhh, sacrée vénézuélienne et ses non-soucis de nudité. Elle se ballade souvent en petite tenue. En tant que française, tu as tes côtés libertins aussi, le caliente ne te choque pas, mais ce n’est pas le cas des deux autres… Autant dire que la fois (les fois ?) où tu as oublié ta serviette de toilette, et que tu devais traverser la maison nue de la salle de bain à ta chambre, c’était

quitte ou double. Une fois, elle t’a même demandé de la prendre en photo, en culotte,  en grand écart. Elle t’a dit que c’était normal, c’était pour envoyer à son copain. Tu as donc exécuté sa énième requête à ton égard, les yeux fermés pour éviter d’imaginer le commentaire qu’elle allait envoyer avec… Mais parfois elle te met vraiment mal à l’aise, à croire qu’elle fait exprès de se balader en culotte devant les invités ou de répondre « j’ai mal aux seins » quand on lui demande comment elle va. Pauvre petit invité allemand sur qui un jour c’est tombé alors que vous étiez tous les trois dans le salon. A ce moment il t’a regardé, tu l’as regardé et vous vous êtes transmis vos impressions sur cette gêne réciproque. Mais il faut savoir,  qu’en plus d’être gênante, elle est lourde. Car sans réactions de notre part, elle n’hésitera pas à se tourner vers toi en demandant très sérieusement « Ba quoi, tu n’as jamais mal aux seins toi? »
C’est clair, elle t’en a fait voir des vertes et des pas mûres. Elle est fatigante… Mais comme tu es d’une nature dénuée de méchanceté, tu continues à être sympa avec elle. Du coup c’est toujours sur toi que ça tombe. Maryoriiii par ci, Maryoriiii par là. Patati et patata toute la journée ça n’arrête pas. Tu ne sais pas pourquoi tu persévères, surtout qu’elle, ce n’est pas la gentillesse qui la caractérises… Surtout quand elle décide d’employer son mot préféré: « pussy« .
On s’est tous pris un « pussy » dans la tronche. Pussy, c’est censé être mignon au sens premier, ça veut dire « petit chat ». Mais au sens familier ça veut aussi dire « couilles molles ». Et tu sais que de sa bouche, ça signifie plutôt « sale flipette » que « chaton mignon ». Typiquement le genre de « gentils » mots que tu prononces à l’égard de tes amis, et qui peuvent être très mal perçus si tu n’es pas dans une relation bien établie avec l’envoyeur. Un volant de badminton venant d’une bonne âme mais un ballon de handball dans les dents quand tu as eu le malheur de vouloir être gardien parce que « ça avait l’air marrant » venant d’elle. Le « pussy » de la première française d’en bas, elle se l’est pris un soir en pleine séance cinéma « Are you crying because of the movie? » « Yes it’s so emotional… » « pussy« . Bim, allez au suivant. Mais on regardait Moulin Rouge quand même ce n’est pas rien ! L’autre française a un petit estomac, il a suffi qu’elle dise « I’m so full » après deux parts de pizza, pour rentrer dans la danse: « pussy« , et de deux.

La guerre des Pussy

En fait elle ne vient jamais discuter avec nous si ce n’est pas pour demander quelque chose ou parce qu’on lui propose à manger. Et elle n’hésite pas à le dire. « Why do you think I left my room?« . Ah, parce qu’on a fait des pâtes, très bien. Et le lendemain, elle t’a demandé si tu voulais sa food « because it’s disgusting« . Mais tout ça tu aurais pu l’accepter encore, sauf qu’un jour, elle est allée trop loin.

« I’m sick to hear you singing this Frozen shit ». Frozen shit???? Ouuuuh, toi, tu n’aurais pas dû dire ça.

Trop c’est trop. La guerre des

pussy est déclarée. Il s’avère que quand un français parle anglais, il y met beaucoup moins les formes. Moins de chichis, droit au but et les coqs

seront bien gardés. De toute façon on est tous nuls en anglais alors on n’a pas le vocabulaire pour tergiverser. C’est sûrement pour ça qu’un jour, lassée de l’entendre se plaindre que tu mangeais trop sain et qu’elle mangeait trop gras, tu t’ai entendu lui dire « It’s your fault you eat so bad and you suppose to be on a diet« . Bim. Pussy 1 Vilaine 0. En vérité tu t’en es beaucoup voulu parce que c’était méchant… Mais heureusement, l’américain n’est pas sa langue première non plus. Et puis elle est agaçante à te regarder manger tes salades et te faire la réflexion étrangement stupide du « You’re so French« . Oui, je suis française. Bien vu.  Bravo. Ou quand elle se moque de toi parce que tu dis « Bisous », qu’elle t’imite en levant les yeux d’une voix mielleusement exagérée « Bijouuuu Bijouuuu » On a vraiment l’air si bête que ça, nous les français? Il est vrai qu’on fait un peu tâche avec nos manières et à être trop propre sur nous. MAIS EST CE QUE C’EST NORMAL DE DEMANDER LA SAUCE SOJA COMMUNE QU’ON A PAS À QUELQU’UN DE TOUT NU???

Conclusion : Pour toutes les règles c’est pareil. L’odeur de viande au petit déjeuner quand la vénézuélienne tente de cuisiner et fait tout brûler a stoppé quelques jours après lui avoir dit que puer le cochon grillé toute la journée ce n’était pas possible, puis a repris de plus belle. En fait il y a une certaine hiérarchie dans le respect de la vie en communauté. On fait comme on l’entend, chacun de son côté, jusqu’à se faire reprendre à l’ordre, puis on refait comme on l’entend… Il n’y a pas un soir où personne ne fait quelque chose d’anormal aux yeux d’un autre. C’est notre Herkimer House, notre auberge espagnole à nous, où qu’on aille ce n’est pas normal. Mais c’est aussi la colocation internationale en générale, on aura tous nos pépites à raconter sur une culture qu’on a appris à connaitre, mais qu’on ne comprendra pas toujours. La maison internationale s’agrandit, laissant la place à la nouvelle: une suisse. A son tour, elle aura des histoires avec la vilaine. A son tour, elle se fera charier sur sa nationalité. D’ailleurs, ça a déjà commencé. C’est de sa faute aussi, elle n’aurait pas dû appeler un Tek paf  un « Tequila Boum boum« . Elle est foutue maintenant. De toute façon à partir du moment où un étranger rencontre un étranger il est forcément foutu. Ça s’appelle le choc des cultures, tout ce que tu sais sur l’autre, tout ce que tu pensais être bon dans tes habitudes sera mis à l’épreuve. Tu n’as plus de repères, car tout est chamboulé, et réadapté. Non, tu ne sortiras pas de cette aventure comme tu y es entré. Chacun trouveras ses nouvelles habitudes, influencé par toutes ces personnes et tous ces lieux nouveaux. C’est surement pour ça, que beaucoup de personnes qui partent ne rentrent pas…

2 réponses à « Episode 8: Roomates, Second Part. »

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