Episode 9: NYC, la ville qui ne dort jamais ou l’histoire de mon anniversaire


Un expatrié à New York / vendredi, janvier 12th, 2018

Ce matin, tu ouvres les yeux comme une fleur délicatement réveillée par les doux rayons du soleil printanier… ou pas. La soirée dernière a été mouvementée et tu n’as dormi que 3heures. Mais rien de tout cela n’a d’importance car aujourd’hui… 
C’EST TON ANNIVERSAIRE!!! 

 

Toute excitée, tu arraches la couette, saute du lit, te précipites dans la cuisine en criant « IT’S MY BIRTHDAY!!!!« . Ça t’a demandé trop d’énergie tu pars te recoucher t’as mal au crâne. Il faut dire aussi qu’on t’a un peu obligée, quand tu as crié, ta colocataire a crié aussi: « Go back to bed NOW it’s too early« . En bonne fille obéissante tu t’es exécutée sans poser de questions, trop dans le pâté pour ronchonner. Et quelques minutes plus tard elle est revenue avec un gros gâteau, des bougies et des fleurs. « That’s how a princesse wakes up for her birthday« . Trop cute. Les hostilités ont été déclarées ouvertes! Wait… en réalité ton état vaseux est présent pour te rappeler qu’elles ont commencé depuis quelques heures déjà.

3 jours plus tôt

« Mon anniversaire c’est dans 3 jours!!! »

2 jours plus tôt

« Tu sais ce qu’il y a dans 2 jours? » (Tu varies ton speech pour ne pas être lourde, quand même…)

Quelques heures plus tôt

« Et c’est bientôt mon anniversaire!!!! Et dis dis dis »
Tu les soûles. De New York à Tombouctou,  toute personne que tu connais ou qui au moins a eu une connexion avec toi dans sa vie peut savoir que c’est ton anniversaire. Le pire, c’est bien sur pour tes colocs, et tes collègues. Le bonjour du matin s’est transformé  en décompte hebdomadaire. Tout prétexte est bon pour appliquer son comique de répétition.

23 avril, jour J, 00:01

Tu l’as annoncé haut et fort: « A 23 ans, je ne fais plus de bêtises ». Mais toute princesse sait qu’à minuit passé, si tu n’es pas encore rentrée, tout peut arriver…
« Tu avais 7 minutes à attendre ton train Marjorie, 7 minutes !!!! »

23 avril, plus tard dans la nuit

Tu aperçois la scène. Tu te rappelles que c’est ton anniversaire, enfin tu n’as jamais vraiment oublié car dans ta tête c’est le même refrain depuis le début de la soirée: « c’est mon anniversaiiiiire« . Et dans ta tête c’est mélodieux. Quand tu le cries à l’oreille de tous les passants, ça l’est un peu moins.
Tu regardes vaguement autour de toi, quand soudain tu l’aperçois, et c’est le coup de foudre: la scène, partenaire incontournable de soirées endiablées, n’a l’air d’attendre que toi. Scène – anniversaire – scène… dans ta tête encore, le lien est évident. Tu te rapproches de ta cible, bien décidée à y mettre le feu. Une copine te suit, ou tu l’as traîne avec toi jusque-là, tu ne sais plus très bien. En tout cas, elle est là, et tu trouves ça encore mieux. Tu te prépares donc à escalader, aussi dégourdie qu’à un premier cours d’alpinisme le lendemain d’une cuite. Il te faudra procéder en plusieurs étapes:
1/ L’étude: Huuuum. Tu regardes l’obstacle d’un air vide. En vérité tu ne réfléchis pas du tout.
2/ L’attaque: Tu vas t’asseoir dessus à l’aide de l’impulsion provoquée par un saut de gazelle et

d’un mouvement de balancier sur tes hanches à la force de tes bras. Easy. Le saut se résume à une tentative de pointe de pieds, ton bras droit cède. Tu tentes environ 42 fois avant de croiser le regard de ta pote, mi hilare mi prise de pitié. Si c’est comme ça, elle va voir!
3/La nouvelle tentative: Tu sais maintenant, c’est évident pardi ! Il suffit de mettre ta jambe droite sur la marche, de lever le reste de ton corps à l’aide du saut de gazelle et du mouvement de balancier sur tes hanches, à l’aide de tes bras. Et après… tu rouleras !Jusqu’à trouver le spot de la scène le plus éclairée !!! Tu te félicites vraiment de cette idée de génie, indignée  qu’elle ne te soit pas venue plus tôt. On y va et jambe droite… levée mais retombée et jambe droite…. MISSION ACCOMPLIE!
Merde, je suis coincée.
4/L’appel à l’aide: Encore une fois, les gens sont vraiment sympa. Ta pote, remise de son hilarité (d’ailleurs elle n’est pas très  cool, elle aurait pu partager avec toi la raison de son état, toi aussi tu avais envie de rire), t’attrape par les deux fesses. Tu pousses un petit « oh » de surprise, ce n’est quand même pas une sensation habituelle. Elle te pousse telle une cargaison de poisson pas frais vers la scène. Le « chanteur » (il avait une casquette alors dans ta logique du moment ça ne pouvait être qu’un chanteur) et une danseuse asiatique très sympathique te tirent en même temps, chacun d’un côté. Trois personnes pour te soulever, efficace la salle de sport!

Mon dieu ça y est tu es sur la scène. Tu n’as jamais trop su géré le regard des gens. Alors tu commences à enchainé tous les mouvements qui te passent par la tête, inventant une nouvelle danse que tu baptiseras « Twerk macarena« . Ta copine monte aussi, tu lui balances ta veste, ton sac et ta culotte. Non la culotte c’était une blague mais pour le reste il fallait bien qu’elle se rende à la disposition de la reine de la soirée. Mouvement de cheveux, ondulation des épaules, tout y passe et dans ta tête encore tu es persuadée d’être vraiment cool. Le visionnage des vidéos prises par tes bonnes copines restées dans la salle te prouveront que tout ce qui se passait dans ta tête ce soir-là n’était alors vraiment que dans ta tête. Peu importe tu « danses » comme ça un long moment, et tu réalises que l’asiatique à côté de toi, qui devait être une « vrai » danseuse du show, pourrait potentiellement onduler des hanches mieux que toi. Alors tu la pousses de la scène. Pas la place pour deux divas sur un même podium. Sympa la reconnaissance… Et oh ba maintenant on te dit de descendre. Comprends vraiment pas pourquoi,  on aurait pu faire un tabac ensemble les mecs…
Bon la fête est finie tout le monde rentre à la maison. Ton chemin se sépare de celui de tes copines au moment de rentrer dans le métro. « Marjorie, tu veux rentrer chez moi? J’ai un canapé » « Non je rentre chez moi » « Je te ferai le petit dej« . « Mais non je rentre je te dis je suis bien »

« …Tu vas te perdre ». « Non je sais qu’il faut que je prenne le train…(blablabla) ». HAHA! Tu l’as eu, c’est le bon chemin. Bim, « perdue » tout ça n’importe quoi t’es une vrai new-yorkaise maintenant. Elle capitule, elles prennent toutes le métro d’en face. « Tu nous dis quand tu es arrivée, tu n’oublies pas!!! »
Tu te retrouves seule avec ta solitude et ta connerie. Ton show sur le dancefloor t’a épuisé. Il faut dire que tu ne dors généralement pas beaucoup, et pas assez. Mais il faut dire aussi que tu es à New York, la ville qui ne dort jamais! Jamais… sauf toi maintenant sur ton petit banc du quai du métro, tu t’endors sereinement.

« 7 minutes Marjorie! Tu avais 7 minutes à attendre le train!!! ». Ça, c’est ce qu’on te dira plus tard, en attendant tu te fais réveiller par un costaud qui t’emmène. Ni une ni deux t’es prête à dégainer le « coup de pieds dans les couilles » bravement appris par papa à l’âge où tu ne savais même pas ce que c’était, des couilles. Depuis le temps que tu devais le sortir celui – là ! Ah non tu te ravises, le costaud est en fait 3 costauds en uniforme de flics. C’est quoi ce réveil pourri? Tu ne comprends rien, jusqu’à ce que tu réalises: tu t’es fait ramasser par la sécurité du métro. La même qui ramasse les gens trop souls dont tu te moques d’habitude. Zut, le « à 23 ans je ne fais plus de bêtises » aura duré 4heures à tout casser.
Si je leur dis que c’est mon anniversaire ils seront peut-être gentils? Non, mauvaise idée… Ils finissent par t’emmener dans leur camionnette et commencent à prendre ta tension. S’il y a bien quelque chose qui te fait peur ici, c’est l’hôpital. On y va pour se soigner chez toi mais aux USA on y laisse un bras. Tu te fonds en excuse, c’est assez embarrassant mais effectivement tu t’es endormie sur le quai,  mais à part ça tu vas très bien.

Vient le moment du verdict: « she looks well« . « Yes I am!! ». Ils te rendent ta liberté tu repars comme une fleur vers le métro. Ah apparemment ils ne veulent pas, ils t’appellent un taxi.
Tu rentreras chez toi saine et sauve et soulagée.
Ton histoire est très drôle maintenant. Tellement que tu as envie de la partager immédiatement. Tu cours et tambourine comme une malade à la porte d’en bas. « Etttttt hoooooooo ». Personne ne t’ouvre la porte… Mais rien n’est perdu, tu avais dit à ta maman que tu l’appellerai en rentrant, parce que ça correspondrait à peu près à ton heure d’anniversaire en France. Oui, à une heure bien avancée de la nuit, lessivée et surexcitée en même temps, tu as trouvé bon de lui raconter l’histoire des secouristes. Elle rie mais pas trop. Tu as beau avoir 23 ans, ta Maman reste ta maman… « Marjorie, la prochaine fois, je préférerais que tu prennes un taxi pour rentrer… ». D’accord,  maman. Tu ouvres les colis qu’elle t’a envoyé, c’est trop chouette. Un carillon! Tu te demandes encore pourquoi elle t’a offert un carillon, c’est assez étrange mais les chiens ne font pas de chats. « C’est trop cooooool » gligligliglig.
Conclusion: Il y a quelques mois, toutes ces personnes ne te connaissaient pas. Tu te souviens de ton arrivée au bureau, à la maison: « Salut, moi c’est Marjorie ». Tu te disais qu’ils n’y auraient pas tes copains à tes 23 ans, du coup ça ne t’enchantait pas plus que ça. Mais au final, il y avait bien tes copains, des nouveaux copains, qui te connaissaient déjà trop bien. C’est étonnant de constater à quel point les relations entre expatriés à l’étranger se développent vite. « Tu sais, quand je suis arrivée ici, j’étais assez fermée aux relations, autant amoureuses qu’amicales. Bon amoureuse je le suis toujours, mais vous rencontrer m’a fait réaliser à quelle point les relations se développent vite quand on rencontre les bonnes personnes ». Ces personnes auront marqué ta vie en bien peu de temps. Et tes 23 ans, tu t’en souviendras, parce que tu étais là , avec eux, et que ça ne se reproduira surement jamais. Et ce genre d’aventures te fera bien plus grandir que quelques bougies sur un gâteau. Même si, il est vrai, c’est dans ce genre d’occasion que tes proches restées en France te manquent le plus…

 

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