Episode 11: NYC, la ville qui ne dort jamais, Part 2.


Un expatrié à New York / lundi, janvier 15th, 2018

C’était donc vrai. Depuis que tu es arrivée, tu as perdu le sommeil. Trop de choses à faire, trop d’excitation… L’état dans lequel tu étais la nuit de la veille de ton départ ne t’a jamais quitté. Tu te réveilles souvent en sursaut et tu en cherches encore la raison, comme si finalement tu avais bien oublié quelque chose dans ta valise mais tu te demandes encore quoi. Tu passes des nuits sans fermer un œil, tu t’endors trop tard, tu te réveilles trop tôt. Trop peu de sommeil, trop peu de temps… Tout est « trop » en fait. Cette ville t’épuise, emportant petit à petit toutes les ressources que tu y as amenées.

« 7 minutes Marjorie, tu avais 7 minutes à attendre ton train!!! ».

Alors voilà, à force d’accumuler un retard de sommeil, on finit par s’endormir n’importe où. C’est un phénomène qui ne t’est jamais arrivé auparavant. Mais ici, tout le monde l’a testé et non approuvé. On pourrait inventer un nouveau jeu: le « devine où je me suis endormi(e) ». Métro, canapé de la boîte, taxi, partie du corps non définie/palpable/confortable de ton voisin (que tu ne connais pas toujours)… Le plus original gagne. Et toi, tu t’es endormi où vendredi soir?

Il faut dire qu’on a toujours ce raisonnement débile.
Je ne vais quand même pas m’endormir devant un film un vendredi soir…
Juste un verre, 2 petites heures de mon temps, histoire de… Si je n’y vais pas ils vont avoir des anecdotes sans moi et je serai exclue… Ça fera plaisir à machin… Il faut que je profite, on n’est pas tous les jours à New York, peut-être demain mon chat va vraiment mourir et je serai triste alors je ne sortirai pas, peut-être je vais trouver l’amour de ma vie ce soir…
Tu fais un mix de toutes ces bêtises en boucle dans ta tête,  pour te motiver. Allez, allons-y. Sur le chemin, tu te demanderas pourquoi tu fais ça une petite quinzaine de fois. Et finalement tu passeras plus de 2heures, siroteras plus d’un verre, tu t’éclateras avec un tel, et remueras tes fesses comme jamais sur ton Beyonce favori en envahissant le podium.

Alors oui, arrivera ce que tu auras provoqué en toute connaissance de cause: un sommeil foudroyant et incontrôlable. Ton corps dit stop, il ne fallait pas pousser mémé dans les orties. Le pire c’est que quand on te réveille d’un endroit incongru, tu trouves le moyen de ronchonner. « Non mais tu vois pas que je dors? » Si mais ce n’est pas trop l’endroit, ni le moment. Arrivée dans ton lit par contre c’est la même histoire: tu ne fermés pas un œil. Cette ville est un sacré bordel, on y fait tout à l’envers.

La fois où tu t’es endormie sur le banc du quai du métro t’a donné une bonne leçon, quand même. Alors cette fois, qu’on ne t’y reprenne plus ! Tu sens la fatigue foudroyante et fatale arrivée. Tu prends tes affaires et tu t’en vas, tu files, sans dire au revoir, le temps est compté. Après tout maman a dit d’être plus prudente, pas plus polie. Et puis personne ne s’en rendra compte, ils sont tous trop joyeux. Tu descends, tu appelles un taxi. Et tu rentreras chez toi sans encombre. Le taxi driver était très chouette d’ailleurs. Il a beaucoup ri à tes « blagues » qui ne devaient pas être au plus haut niveau. Sympathique, donc. Il a même pris ton numéro pour que la prochaine fois que tu as besoin d’un ride tu puisses l’appeler! Wait… Il a pris mon numéro… pour que je puisse l’appeler… En y réfléchissant c’est assez stupide. Ta naïveté te perdra un jour, c’est sûr.

Tu es rentrée juste à temps, tu le sens, tu t’allonges sur ton lit, incapable de rien. Excepté manger quelques pistaches, mais tu arrêteras vite cette activité à défaut « d’oublier » d’enlever les coquilles. Pas top du tout. Tu te réveilleras trois heures plus tard exactement comme tu as laissé ton propre corps. Tu enlèves donc ton manteau, réponds à quelques lettres de fans, et tente de te mettre au lit. Le vrai réveil fera plus de mal. Un champ de mine, tes affaires que tu pensais avoir délicatement posées sont aux quatre coins de la pièce. Tu as mal à la tête. Et le plus dur est à faire: l’inventaire des tes affaires : mes clés check, ma CB check, et ma dignité… Ça reste à voir.

Tu ouvres cette fabuleuse application de partages temporaires de la vie de tes contacts, une sorte d’espionnage sur la vie de tout le monde, consenti et même engendré par les cibles elles-mêmes. Quelle connerie. Tu regardes d’abord les story de tes copines en France, surement par habitude. « Homemade Brunch », «Brunch de malade», «Petit Brunch au calme», «Brunch au soleiiiil». Okay allez-vous faire… Oh, la prochaine ça vient d’hier et tu reconnais déjà ton manteau jaune.

Ça pue la honte d’ici. Ahhhhh. Ohhhhh et aaaaaah de nouveau. Ça avait l’air sympa cette soirée quand même, c’est chouette d’avoir les meilleurs moments le lendemain. Sauf que tes amis ne te prennent jamais aux meilleurs moments. Et quand tu as fait ta session de pool dance sur la barre du métro tu pensais être bien plus sexy que ça. Au final tu as encore fini par être coincée dans le mélange de tes propres jambes. Niveau dignité ce n’est pas trop ça donc. Bon, on l’avait oublié à la maison, on tentera de la retrouver plus tard. Dignité ? Dignité ? Non pas sous le lit et  AHHHHH. Il y a quelqu’un DANS ton lit !!!! Ah non c’est juste ton doudou. Ouf on a échappé belle. A 22 ans, proche des 23, tu as décidé d’avoir un doudou. Tu trouvais ça cool d’emmener une peluche de la maison, tout le monde fait ça après tout. Alors pourquoi pas toi…

On en a besoin après tout, de ramener des choses de la maison.

Pourtant là-bas tu t’en moquais un peu de monsieur ours sans nom. Mais ici, il trône sur ton oreiller et interdiction d’y toucher.
Et puis, ça pourrait t’apprendre à être plus docile. Tu pourras même inventer une tendre histoire sur ô combien votre relation est longue et intense. Même si au final, il finit toutes les nuits par terre parce que tu le pousses gentiment du lit. Non, ce n’est pas lui qui t’aidera à trouver le sommeil. Ce n’est peut-être pas ton air, finalement…

Conclusion : New York, la ville qui ne dort jamais, où tout le monde est épuisé à essayer de suivre le rythme. A observer les gens dans le métro le constat est toujours le même: les gens sont cernés, les gens n’ont pas le temps. Mais pourtant, on continue. Parce que ça vaut le coup. Et ceux qui savent profiter du moment présent et attraper les occasions qui se présentent, ces gens sont heureux à New York. L’air est stimulant si on se laisse le respirer correctement. New York, la ville qui ne dort jamais mais surtout la ville où tout est possible. Et dans cette atmosphère, on aura tous des bons et mauvais souvenirs… Mais surtout des bons quand on fait le bilan. On dormira quand on sera mort comme on dirait. Et on rigolera bien de nos histoires. Et on trouvera surement le retour bien fade. En attendant, nous sommes vendredi. Et vendredi, tout est permis.

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